mardi, 27 novembre 2007

Comme un film muet...

"C'est un couple qui attend. Un homme. Une femme. Ils sont dans une file d'attente d'une salle de cinéma. De loin, on ne sait pas ce qu'ils se disent. Et c'est sans importance. De loin, on a l'impression de regarder un film muet. Ce qu'ils se disent n'a pas la moindre importance. C'est même secondaire. Quand on parle, on peut feindre des sentiments. Mais le langage du corps est plus difficile à feindre. Un regard, une expression dans les yeux, la façon qu'on a de toucher quelqu'un et que cette personnne a de nous toucher, ça c'est réel.

C'est un couple qui attend. Ils sont côte à côté et ils attendent. Elle parle de tout et de rien. Il l'écoute et sourit. Ils ne se touchent pas. Et pourtant, si on regarde bien; seulement on ne regarde jamais assez bien, on remarque leurs gestes, ceux qu'ils font mais aussi ceux qu'ils ne font pas. C'est comme s'ils s'effleuraient des yeux. Du regard, ils se touchent.

C'est un couple qui attend. Ils sont au milieu de la foule. Si on regarde encore mieux, on peut voir cet espèce de voile qui les entoure. La rougeur de ses joues à elle. L'éclat de ses yeux à lui. Il n'y a plus de place pour personne. On pourrait crier qu'ils n'entendraient rien. Ils inventent un langage. Leur langage.

C'est un couple qui attend. Bien plus que d'entrer dans la salle de cinéma, ils attendent quelque chose de plus. C'est une attente immense. Une attente langoureuse. Douloureuse. Délicieuse. Elle les enveloppe, presque palpable. On pourrait presque les entendre penser. Elle se dit: c'est lui. Il se dit: c'est elle.

C'est un couple qui attend. La foule avance. Ils ne se parlent plus, ils se regardent. Ils se sourient. Ils n'ont pas besoin de parler, ils n'en ont plus besoin. Parce qu'ils savent. Ils savent que quelque chose est arrivé. Quelque chose de magique. Pour eux. Il ne repartira pas de sitôt. En s'approchant d'eux, on peut presque le sentir.

C'est un couple qui attend. Soudain, une main s'égare. Sa main à lui effleure sa main à elle. Va t-elle le laisser faire? On sait que oui. On n'attend que ça. Ils n'attendent que cela. Ce qu'ils feront ensuite est sans importance. C'est là, le plus important.

Sa main à elle caresse sa main à lui. Des doigts qui se frôlent. Des doigts qui se cherchent. C'est comme un ballet. C'est aérien.

Deux respirations qui s'accélèrent. Deux coeurs qui manquent à leurs battements. Et enfin, leurs mains se rencontrent. Enfin! Ils sourient. Ils sourient et on dirait que c'est aux anges."

© 2007 Eva Panames